Le Chesnois-Auboncourt   

Mémoires d'un âne des vallées

préambule

Il y a quelques années mon grand-père aimait écrire sur le village, sur ses souvenirs. Il les publiait tantôt dans le journal local, tantôt dans le régional. C'est dans le même esprit que ses lignes sont ici...

Naissance tragique

Au Chesnois Auboncourt, le 27 août 1914, son mari étant mobilisé, une jeune femme de 19 ans, enceinte, craignant l'invasion des armées allemandes, demande à son beau-père de l'emmener à la maternité de l'hôpital de Rethel. Le 28, son accouchement n'étant pas imminent, l'arrivée des blessés du front proche regorgeant l'hôpital, un docteur conseille à cette jeune personne de prendre un des derniers trains pour Reims où un service en gare la dirigera sur un des hôpitaux de la ville.

Valise à la main, dépaysée car n'ayant jamais quitté son village, elle est réconfortée par Madame Migeon, une amie d'enfance de Rethel. Celle-ci se trouvant dans la même situation, elle se joint à elle pour se rendre en gare de Rethel. Sur le chemin, elle lui propose de l'emmener avec elle se réfugier chez sa belle-sœur Mme Vital Arnould à Dinard en Bretagne.

Le 30 Août les Allemands sont au Chesnois-Auboncourt. Il est alors impossible à Angèle d'avertir ses beaux parents, qu'elle a quitté Rethel pour se rendre à Dinard.

Le 7 Septembre dans une chambre de la Villon la Vigie, Angèle Magin née Giot, accouche d'un bébé déclaré par la sage femme : Etienne Emile, son père s'appelant Emile Etienne. N'ayant pas emporté l'adresse de son mari au front il lui était impossible de le prévenir, la fatigue du voyage, l'affolement, son amie Mme Migeon ayant accouché chez Mme Vital le même jour; ma mère atteinte de la fièvre puerpérale enthuligue, son bébé malade d'avoir bu du lait pierreux, elle demande à ce que je sois baptisé étant encore en vie elle et moi. Deux jeunes gens m'amène à l'église sachant que je me nomme Magin s'en s'inquiéter de mon prénom; le prêtre impatient me baptise du prénom du parrain : Maurice, prénom que je vais garder jusque 18 ans. Ma mère meurt le 14 septembre; Mme Vital me soigne avec le bébé de Mme Migeon; n'ayant pas d'enfant de santé fragile, elle demande à me garder chez elle et je devient son petit Maurice orphelin de mère et sans nouvelles du père au front.

RETROUVAILLES

Fin Septembre mon père sachant que sa femme devait accoucher, sans aucune nouvelle pense qu'elle est restée au Chesnois, pays envahis depuis le 30 Août. Il s'adresse à la croix rouge, service de recherche. Pour avoir des nouvelles des pays occupés, il faut passer par la Suisse. Un mois plus tard, il est informé que son épouse est rentrée à l'hôpital de Rethel le 27 août puis à été dirigée vers Reims le 28 Août à cause de l'arriver des blessés du front. A Reims il n'y a aucune trace de Mme Angèle Magin. Courant octobre, averti par la mairie de Dinard du décès après accouchement d'une réfugiée des Ardennes, la croix Rouge sachant que le soldat Magin Emile avait entrepris des recherches au sujet de son épouse, l'informe du décès de son épouse et que son fils a été recueilli à sa demande par Mme Vital Arnould blanchisseuse à Dinard s'Enugal.

Je dois avoir environs 6 mois quand mon père eut une permission pour venir me voir. A sa première permission à Dinard sachant qu'il avait une tante réfugiée à Rennes mon père m'emmena chez sa tante dans l'intention de me laisser chez elle ce qui semblait logique. Sa tante ne voulant ou ne pouvant garder un enfant chétif conseillant à mon père de me mettre dans un orphelinat à Rennes. Heureusement pour moi, mon père décide alors de me rendre à "maman Vital". Les souvenirs de ma vie commencent au moment où, sachant marcher, je suis sur les genoux d'un artilleur chez maman Vital. Pour lui aussi je suis son petit Maurice qu'il vient voir à Dinard. Après avoir été blessé à Verdun et un séjour à l'hôpital du mont d'or, il fut muté au dépôt de munitions de son régiment au Vésinet, dans la région parisienne.

RETOUR AU CHESNOIS.

Printemps 1919 mon père, démobilisé, vient me chercher à Dinard pour me ramener au Chesnois. C'est un véritable déchirement pour maman Vital qui me voit ainsi partir. Mon père lui promet qu'elle pourra venir me voir au Chesnois quand elle le voudra. Pour moi, la séparation est moins cruelle car je vais voir des pays nouveaux. Ingratitude apparente d'un gosse mais non oublis : quand je peux écrire, je ne manque pas de le faire. Les premières personnes que je vois en arrivant au Chesnois sont mon grand père qui me prend rapidement en amitié, et ma grand mère qui me gâte de tartines au beurre et à la confiture. Mon père m'emmène ensuite chez mes grand parents maternels, à Puiseux. Bon accueil puisque je leur rappelle leur fille Angéla; cependant j'apprends plus tard qu'il n'ont pas proposé à mon père de me garder chez eux. J'aurais été moins gâté que chez grand mère Laurentine et grand père Emile qui est vite devenu un bon camarade. Au Chesnois je vais à l'école. Ayant été a la maternelle à Dinard, je suis alors en avance. Je fais de bon copains comme Robert Laqueue ou Maurice Magin le fils du bourrelier. Étant quelque peu chétif et ayant 5 ans de moins que lui, nous sommes rapidement surnommés, l'un le grand Maurice, l'autre le petit Maurice.

INCENDIE TRAGIQUE

Nuit tragique inoubliable du Lundi de Pâques 1921. Je suis couché dans ma chambre où est maintenant la salle de bain; il est une heure du matin j'entends du bruit et je vois tout rouge dans la cour. J'appelle ma grand mère pas de réponse, j'ai peur; je me sauve dehors en chemise, pieds nus et en pleurant dans la rue; un gamin me prends dans ses bras, m'apporte dans son lit où est maintenant la salle à manger de Auguste Mahut, ce gamin est Robert Laqueue il à 13 ans. Mon père et mon grand père s'occupe de détacher les chevaux et les vaches; ma grand mère à sorti du linge dans la cour qui a brûler quand même. Je suis oublier quand mon père pense à moi trop tard mon grand père ne peux pas gagner mon lit sans risques à cause de la fumée, mais s'aperçoit qu'il est vide. Je suis réchauffé et endormi quand mon père vient me chercher dans le lit de Robert heureux de m'avoir retrouvé après m'avoir cru rester dans le feu; mon grand père et ma grand mère impardonnable de m'avoir oublier dans mon lit. L'incendie a détruit la ferme entièrement, la boucherie Cayasse et le café restaurant Havril.

Je vais pour un mois chez mes grands parents à Puiseux, je vais à l'école mais je m'ennuie du Chesnois, de mes copains et surtout de mon grand père. Celui-ci meurt en 1926 après m'avoir appris biens des choses, surtout le travail du bois scier; raboter; faire des échelles; tronçonner et abattre des arbres.

A 12 ans je suis reçu au certificat d'études, mon père m'apprends le métier de cultivateur que je fais avec goût; conduire les chevaux; faire vêler les vaches; traire; planter et greffer les arbres. J'ai 14 ans mon père me permet d'aller seul à Dinard chez maman Vital, son mari est mort des suite de guerre. c'est une grande joie pour elle de m'avoir vue mêmes 10 jours. Elle m'emmène au Mont St Michel, à Dinan. Je retrouve également les gosses avec lesquelles je jouais. Mais je ne suis plus le petit Maurice.

Premières armes

En septembre 1931 j'ai 17 ans et mon père est toujours veuf; il me propose de suivre les cours de préparation militaire pour devancer l'appel et pouvoir me marier ensuite. Je vais donc m'inscrire à la PM à Rethel début janvier 1932. Mon père se remarie avec une veuve : Juliette Cochard. Celle-ci est très bonne pour moi : entre autres, je n'ai plus à repasser mes chemises. Ma grand mère Laurentine vit dans sa chambre où est notre cuisine. Mon père vit avec Juliette à la Rochelle, là où il est né en 1886.

En Juillet 1932 j'obtiens le brevet de Préparation Militaire. Début Septembre je songe faire une demande de devancement d'appel et ce, en vue de l'incorporation du mois d'Octobre. Premier désaccord avec mon père puisque, étant remarié, il ne voit plus la nécessité de ce devancement pour me marier. Mais il constate que j'ai de la suite dans les idées, aussi, ce qui a été convenu le restera. Toutefois, n'étant pas majeur, pour faire cette démarche, il me faut son consentement. Homme de parole il me l'accorde à condition que je choisisse l'artillerie, je réfléchi car j'aurais préféré les chars mais j'accepte et choisi l'artillerie lourde à Commercy ; les places sont prises et je dois attendre l'incorporation d'Avril.

Janvier 1933, je vais comme tous les ans passer une dizaine de jours à Dinard. Entre Rennes et St Malot, je voyage avec un sergent du 41e RI de Rennes, il me vante son régiment mais étant de la 6eme Région Militaire je ne peux que choisir un régiment de la 6eme et le 41 est de la 10eme région, dommage j'aurais été prés de Dinard pour les permission. Maman Vital dont le mari avait été chef cuisinier du Général Gouraud me propose de lui demander elle même d'accorder une dispense pour son petit orphelin. Je n'y croyais guère, mais je l'ai obtenu et ai choisi le 41 à Rennes.

Je suis incorporé en Avril avec de nombreux points à la préparation militaire, aussi vais-je à l'école des sous officiers, au Mans, caserne Chanzy. C'est difficile pour moi qui n'est que le CEP, car il y a beaucoup de théorie, et tous les soirs études. Je réussis le 1ER Septembre, je suis nommé sergent et reviens à Rennes au 41. Puis je suis muté au 71 RI à St Brieuc étais 3e Bataillon de 71 à Dinan 30 km de Dinard pour la joie de maman Vital jusqu'en Avril 1934, pour reprendre mon métier de cultivateur et revoir Marguerite sérieusement très sérieusement sans l'applaudissement de mon père mais tant pis.

Marguerite

Le 7 Septembre 1934 jour de 20 ans, début d'autre soucis, mais à 20 ans on peut tout entreprendre sans regrets et prendre ses responsabilités. Début Novembre pas de doutes devant le fait accompli, la situation est le mariage mais d'abord l'affrontement : pour Marguerite pas de problèmes, bien sûr elle n'aura pas de fleurs de ses parents. Pour moi c'est plus compliqué mon père n'ignore pas que je fréquente Marguerite sérieusement mais cette union ne lui plaît pas pour deux raisons : premièrement je suis fils unique alors qu'elle n'apporte rien ; deuxièmement, son père n'est pas estimé car il a dilapidé une belle situation à sa femme et qu'il ne se plaît nul part à cause de son caractère violant, mon père reconnaît que Marguerite est courageuse et forte mais cela ne suffirait mas pour avoir sa bénédiction ce que nous avons fait est un accident qui n'est pas agrée chez les gens bien élevé. Fin Décembre on ne peu plus rien cacher. Marguerite demande a ses parents d'aller passer quelque jours à Laneuville sur Meuse chez Madice une brave femme qui l'a élevée à sa naissance sa mère trop occupé a son commerce de boucherie à Hirson. Elle part pour " " et me laisse le soin de dire à ses parents la raison pour laquelle elle ne reviendra pas au Chesnois avant notre mariage. Vers le quinze janvier les langues ont parlées, mon père doit être au courant mais ne dit rien et moi qui n'ose pas déclencher les hostilités, je préfèrerais répondre à des reproches en parties justifiées. Un samedi de février ; après le souper, je préviens mon père que le lendemain je me rendrais à Laneuville afin de voir Marguerite, mais que je serais de retour au travail le lundi matin comme d'habitude ; pas d'observation de sa part ni de raison à évoquer et pourtant il sait. Chaque dimanche je part en vélo après avoir fait l'ouvrage des bêtes et suis rentré le lundi matin. Fin Avril, enfin, mon père me parle :

Je suis satisfait de ne pas avoir eu plus de reproches. Mais une fois mariés que ferons nous ? Quelques jours passent et je lui demande s'il consentira à me louer la ferme avec un bail fin Septembre :
- Non vous travaillerez, vous aurez de quoi vivre mais je resterais le patron, non pas pour te commander, le travail car tu connais le métier depuis longtemps, mais je veux pouvoir aller à la ferme et ne pas entendre dire par le père Mahut que je ne suis pas chez moi. Sa raison est valable mais ne m'arrange pas car je ne permettrais pas à mon père de faire des reproches à ma femme. Je ne dors pas toutes les nuits, je réfléchis. Je songe à chercher une place dans une ferme, devenir commis. Un matin, j'ai pris une décision, celle de rengager dans l'armée ; un an d'interruption je perds le grade de sergent et redeviens caporal chef. Je ne suis pas militariste mais c'est mieux que d'être commis de culture et puis j'ai quitté l'armée avec de bonnes notes, je pourrais en moins de six mois redevenir sergent ; mais pour rengager il me faut toujours son autorisation étant toujours mineur.

Froissés

Un samedi de Mai, comme je sais qu'il est inutile que je lui reparle d'avoir un bail, je me jette à l'eau et lui dit que j'ai l'intention de me rengager quand je serais majeur et marié, à moins qu'il ne change d'avis pour me consentir un bail ou qu'il me signe maintenant une autorisation de rengagement. Il me réponds que je veux lui faire du chantage pour le faire céder, qu'il est sûr que j'aime trop mon métier de cultivateur et que je n'ai pas l'intention de rengager. Je la met dans ma poche, j'aurais préféré qu'il cède, mais j'accepte le défi. Le dimanche matin, comme tous les dimanche, je part à Laneuville. Je met Marguerite au courant de ma décision, elle l'approuve ainsi que Madice avec soulagement et satisfaction. Mais quoi choisir comme régiment le 71 RI à Dinan ou le 91 RI à Stenay à cinq kilomètres de Laneuville ; pour Marguerite c'est Stenay, car elle sera choyée par Madice jusqu'à notre mariage fin Septembre. Donc ce sera Stenay. Au lieu de rentrer au Chesnois le lundi matin, je prend le train pour Charleville et passe au bureau de recrutement pour un rengagement d'un an au troisième bataillon du 91 RI a Stenay ; j'aurais une réponse dans huit jours. Je rentre au Chesnois en vélo le lundi à midi, observation de mon père :

-Tu prends tes aises, bientôt tu rentrera le mardi matin. Je vois qu'il a compris :

-Je suis passé au bureau de recrutement pour demander un rengagement.

-Tant que tu n'aura pas signé, si toutefois tu est accepté, tu n'est pas engagé.

-on verra !

Cinq jours après, je recevais une convocation : " rengagement accepté pour le Troisième Bataillon du 91ème RI à Stenay. Délai pour vous présenter caserne Chanzy à Stenay bureau des effectifs cinq jours. ". Le 19 Mai à midi nous sommes à table chez Juliette ; je dis à mon père :

-Mon rengagement est accepté, j'ai cinq jours pour me rendre à Stenay.

Mon père :

-Cinq jours pour réfléchir.

-Une heure pour toi revenir sur ta décision, un bail signé avant les cinq jours ou je pars cet après-midi.

-Au revoir alors.

Rengagement

Il me donna cent francs en pleurant, je pleure aussi et je pars. Je mets dans un cageot mon complet attaché sur mon vélo et la page est tournée. Je ne regrette pas d'avoir une fois de plus de la suite dans mes idées. J'ai peine d'abandonner mon père, mais c'était le seul moyen, je n'avais pas à choisir, au fait je précise que dans toute ces affaires, Juliette ne m'a pas donné tort. A Laneuville pour Marguerite aussi la page est bien tournée. Le lendemain matin, je suis incorporer à la troisième compagnie du 91 RI comme caporal chef ; soixante quinze francs par mois, nourri et logé. Tous les soirs après la soupe et jusque l'appel du soir, je vais voir Marguerite à Laneuville. Quand je ne suis pas de garde, je travaille quelques heures chez un cultivateur Édouard Sanson, il m'a appris à conduire une 6cv Renault, même sans permis. Je vais le retrouver à la prairie pour charger les deux chariots de foin.

Le soir du samedi 8 Juin 1935, Michèle vient au monde. Elle est déclarée à l'état civil : Michèle Lucie Angèle Magin. Je préviens "maman Vital" à Dinard. Je n'ai jamais manqué de la mettre au courant depuis que je savais que Marguerite attendais un enfant. Elle me répond qu'elle sera la marraine et viendra au baptême à Laneuville. On baptise Michèle la fin Juin.

Le 15 Août le 91°RI devient le 155°RIF ligne Maginot. On est souvent dans le secteur de Montmédy, pour l'achèvement des blocs et du camouflage. Fin Août, je passe avec succès l'examen de sous-officier. Je suis nommé sergent de carrière le 1er Octobre.

Début Septembre, en permission, nous venons chez les parents de Marguerite. Je vais montrer Michèle à mon père, il la prend dans ses bras, l'embrasse les larmes au yeux et lui met un billet dans les mains. Je lui parle de notre prochain mariage et un rendez-vous chez le notaire pour un contrat et la rendition de compte de ma mère. Sitôt le 7, nous allons chez le notaire pour un contrat de mariage, il me remet un livret de caisse d'épargne à mon nom : montant 25.000 francs. Le temps des formalités militaires obligatoires en mairie. Le 28 Septembre nous nous marions. Il y a peu de monde : nous deux, deux témoins et notre petite Michèle. J'avais assez d'argent pour nous acheter des meubles et nous aurons une maison à la fin de la permission pour mariage. J'apprends que je suis nommé sergent, montant de la solde : 1350 francs plus 30 francs comme chef de famille, un enfant.